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DISCOURS DU PRESIDENT VINCENT HERVOUET A L’OCCASION DE LA REMISE DU PRIX 2011 DE LA PRESSE DIPLOMATIQUE ET DES VOEUX DU MINISTRE ALAIN JUPPE


 

Monsieur le Ministre d’Etat, Messieurs les Ministres, Monsieur le Secrétaire Général, Monsieur le Porte-parole,

 

Au nom de l’Association de la presse diplomatique, au nom de mes confrères ici présents et de tous ceux qui ont été retenus dans leurs rédactions, qui sont en reportage ou à l’antenne, laissez-moi vous présenter nos vœux de bonne année. Pour vous-mêmes, vos familles, vos collaborateurs directs et tous les fonctionnaires de cette maison. Qu’elle soit pleine de vraies joies et de voyages utiles, de rencontres, de négociations réussies. Qu’elle soit bonne et heureuse, à défaut d’être longue. Le mois de mai borne l’horizon 2012.

 

Il y a une tradition tout à fait pénible qui se moque des diplomates, leur goût supposé des pompes et des rochers en chocolat et à laquelle ces salons ruisselants d’or et le buffet à coté semblent donner raison. Les Affaires étrangères seraient le temple du conservatisme, interdisant aux chercheurs d’aventures de lever l’ancre. C’est injuste. Ce palais est plein de courants d’air. Si j’ai bien compté depuis le début du quinquennat, 14 ministres, ministres délégués et Secrétaires d’Etat se sont succédé en ces murs.

 

Et toujours cette question qui hante les ambassadeurs : qu’est-ce qu’on peut bien faire après le Quai d’Orsay ? Monsieur le ministre d’Etat, vous avez déjà apporté une fois votre réponse : après avoir été ministre des Affaires étrangères, on peut devenir… ministre des Affaires Etrangères de nouveau. C’est pour l’Association de la presse diplomatique, le plus beau des ministères. Et ce qu’il y a de bien avec un ministre qui revient, même 16 ans après, c’est qu’il ne se sent pas obligé de proclamer qu’il va tout changer. Ce qui lui laisse une chance d’améliorer les choses

 

Quand même : 14 ministres en moins de cinq ans ! Avec ce tourbillon, on pourrait croire que le printemps qui a secoué les capitales arabes a soufflé aussi au quai d’Orsay. Que Paris est une capitale arabe…

 

En cherchant dans l’histoire, on trouve des précédents… Le record, c’est 1792, quatre ministres successifs. L’un n’est pas resté dix jours. Autres charivaris ministériels : 1815, 1830, 1848… Et surtout, 1870, 1913/1914, 1938/39… il semble bien qu’il y ait une logique à l’œuvre. Si on la suit, 2011 a été une année formidable, mais il faut être prêt à tout en 2012.

 

Que dire de l’année écoulée, sinon qu’on la regrette déjà. Elle a été formidable. La providence des reporters, une aubaine pour les éditorialistes, et l’occasion pour le ministère de donner sa pleine mesure. La diplomatie française a été à la pointe des évènements à l’Onu, en Libye, en Côte d’Ivoire, au G20, à Bruxelles. Elle tente encore de conjurer la fatalité du pire en Iran… en Syrie… au Sahel… et dans d’autres sables mouvants comme la zone euro. Il y a longtemps qu’on n’avait pas vu comme en Egypte ou en Libye, le drapeau français brandi par des révolutionnaires. Un ministre français des Affaires Etrangères applaudi par la foule, c’est rare. C’est même rarissime quand c’est spontané. Vous aurez eu cette chance.

 

La libération de Stephane Taponier et d’Hervé Ghesquières après 18 mois de captivité en Afghanistan aura été une joie au début de l’été et un grand soulagement. Je le dis alors qu’en ce moment même, à deux pas, sur le pont Alexandre III et aux Invalides, une cérémonie rend hommage aux 4 sous- officiers qui ont trouvé la mort vendredi en Kapisa. Ce n’est pas faire preuve de corporatisme que d’évoquer aussi la mémoire de Gilles Jacquier. Beaucoup d’entre nous le connaissaient pour l’avoir croisé sur le terrain. Depuis sa disparition, d’autres ont découvert son travail, son talent, sa maitrise. C’était un confrère remarquable. Les conditions de sa mort restent obscures. On ne sait s’il a été victime d’un tir des insurgés ou d’un guet apens des services syriens. La France a exigé des explications de la Syrie. Nous voulons croire que vous aurez à cœur d’obtenir la vérité, quelle qu’elle soit.

 

A vous comme le veut la tradition de remettre le prix de la presse diplomatique à son lauréat. L’Association a distingué (cette année comme l’an passé), un correspondant à l’étranger. Claude Guibal a vécu 14 ans au Caire. Elle y a passé l’essentiel de sa carrière et y a vu passer de grands ambassadeurs et de nombreux ministres. Ses reportages auront permis à ceux qui l’écoutaient ou la lisaient d’être moins surpris que les autres par la chute de Moubarak ou le raz de marée des islamistes. A travers elle, nous avons voulu distinguer la qualité d’un journalisme impliqué, un journalisme d’analyse qui reste près du terrain. Claude Guibal a travaillé pour Radio France, pour Libération, le Nouvel Observateur, le Soir, la RTBF, LCI, Médi 1, le Temps, l’Hebdo, Ouest France, Géo, Grands reportages, Ulysse, etc… Avec elle, la moitié de la presse francophone se retrouve ainsi honorée. Il faut le dire, le bureau de l’association est habile. Claude Guibal a été une correspondante indépendante. C’est le mot noble pour dire sans contrat, sans couverture, sans récup, un journalisme sans filet et mal payé. Elle a rallié depuis peu la rédaction de France Culture mais continue de suivre l’Egypte où elle repart cet après midi, pour le premier anniversaire de la révolution. Nous en sommes heureux pour elle mais c’est l’occasion d’avoir une pensée pour les confrères qui font leur métier au loin et dans des conditions spartiates. Notamment les correspondants les plus nombreux, ceux qui travaillent pour RFI. La radio mondiale connait son deuxième plan social en deux ans et le départ au total de 175 journalistes, c’est-à-dire 40% de sa rédaction. Ce ministère ne peut y être indifférent.

 

La grande idée, la résolution de début d’année, dans cette maison, en 2011, c’était d’améliorer la prospective et l’anticipation… L’intuition était juste, mais c’était ambitieux ou trop tard. Car la suite des évènements a pris tout le monde de court. Dans le monde arabe bien sur, mais aussi à Fukushima, a Abbotabad au Pakistan comme au Sofitel de New York. Il aurait fallu un budget pour acheter des boules de cristal. Elles seraient amorties cette année et utiles pour se projeter au-delà de trois mois, au-delà du 22 avril… Il faudrait la clairvoyance d’un mage ou la sagesse du général qui disait lors de ses vœux en 1967 : « L’avenir n’appartient pas aux hommes et je ne le prédis pas… »

 

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