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algerie-la-desillusion-dominique-lagardeDominique LAGARDE

Algérie : la désillusion

 

Passionnant, parce qu’il oblige à revisiter un passé occulté et, surtout, inconnu des jeunes générations, le livre de Dominique Lagarde, Algérie : la désillusion, arrive à point nommé, avant un anniversaire qui ne sera célébré que par les officiels algériens et leurs obligés. À travers une série d’articles, d’entretiens et des reportages les plus marquants de L’Express, l’auteur fait revivre certains aspects de la guerre d’Algérie et cinquante ans d’indépendance. Dans la 1ère partie de l’ouvrage...

Dominique Lagarde, grand reporter à L’Express et spécialiste du monde arabe, rappelle, en une synthèse très claire, les cinquante années qui ont conduit à l’instauration de l’actuel système politique algérien qui assure le pouvoir à des clans militaires. En cinq chapitres, elle explique comment les espoirs de certains acteurs de la révolution algérienne sont devenus désillusions et cauchemars. Le deuxième intérêt de l’ouvrage est la transcription d’un entretien de l’auteur avec Benjamin Stora, historien originaire de Constantine, et l’écrivain et journaliste algérien Akram Belkaïd. Benjamin Stora, qui n’a jamais caché sa sympathie pour le FLN et pour l’extrême-gauche, souligne la difficulté persistante d’exprimer des vérités sur cette rupture douloureuse, aussi bien en France qu’en Algérie. Akram Belkaïd, né après l’indépendance, montre qu’il n’a vraiment découvert l’histoire de son pays qu’après s’être réfugié en France en 1995. Le troisième intérêt de l’ouvrage réside dans le travail de sélection effectué par Dominique Lagarde dans les archives de L’Express, l’un des premiers journaux à avoir pris position en faveur de l’indépendance de l’Algérie. La série de reportages choisis fait revivre les périodes d’espoir et les drames qui se sont succédé durant près de huit ans de guerre puis les affrontements, le chaos et l’exode qui ont suivi l’indépendance. Albert Camus, François Mauriac, Jean Daniel, Jean-Jacques Servan-Schreiber, Françoise Giroud, Jean Farrugia racontent la guerre. Jean-François Kahn, dans un reportage hallucinant, J’ai vu Alger devenir folle, décrit au jour le jour les tueries quotidiennes des dernières semaines de l’Algérie française. Puis d’autres collaborateurs de l’Express – Jules Roy, Roger Priouret, Christian Hoche, Jérôme Dumoulin, Christian d’Epenoux, André Pautard, Vincent Hugueux, Yves Cuau et, bien sûr, Dominique Lagarde - s’ajoutent aux premiers pour montrer l’évolution de l’Algérie au cours des cinquante dernières années. L’ouvrage est préfacé par Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L’Express, qui écrit : "Cinquante ans après, l’Algérie est encore une blessure. Au cœur des Français d’abord partagés entre le remords du colonialisme et la nostalgie de la grandeur. L’Algérie, ce n’était pas l’Empire, ce n’était pas un lointain protectorat ni un exotique comptoir. L’Algérie, c’était un organe vivant, un membre essentiel du grand corps national, c’était l’autre Sud. C’est pourquoi la perte de l’Algérie ne fut pas une simple décolonisation, mais une amputation. C’est pourquoi la guerre dite d’Algérie ne fut rien d’autre qu’une guerre civile, menée pour une certaine idée de la France, contre une autre…" Dominique Lagarde donne à la fois des clefs et un éclairage utile à tous ceux, acteurs, victimes ou spectateurs, qui aimeraient tourner la page sur un drame qui perturbe depuis trop longtemps les relations franco-algériennes.

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Express Roularta Éditions, 2011, 226 pages, 18 €

 

 

 

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